Rubin Steiner est super cool!

Pour ceux qui ne le connaitraient pas, Rubin Steiner est un artiste de musique électro, très très bien, qui vient d’ailleurs d’être nominé aux victoires de la musique.

Dans le cadre de ma signature sur 20000st, je me suis permis de lui demander conseils, explications… Comme je sais que parmis vous, il ya des personnes intéressées par les labels, signatures et autres, je vous transmets la copie exacte de son (long!) mail qui détaille très bien toutes les étapes de la vie d’une oeuvre musicale! à lire de toute urgence!

Pour ceux qui ne le connaitraient pas, Rubin Steiner est un artiste de musique électro, très très bien, qui vient d’ailleurs d’être nominé aux victoires de la musique.

Dans le cadre de ma signature sur 20000st, je me suis permis de lui demander conseils, explications… Comme je sais que parmis vous, il ya des personnes intéressées par les labels, signatures et autres, je vous transmets la copie exacte de son (long!) mail qui détaille très bien toutes les étapes de la vie d’une oeuvre musicale! à lire de toute urgence!

 »Salut Daftjb (avec un nom pareil, tu ne devrais pas avoir de problème pour trouver un label !)

Ne te sens pas hardi dis-donc, si je peux t’aider à gagner des billets de mille (même si j’en doute). Ca commence bien, je parle déjà d’argent. Leçon numéro un : Ne pas courir après l’argent, c’est une mauvaise motivation et tu finiras par faire de la varièt’ et faire des duos avec Patrick Bruel. Mais je vais quand même parler d’argent parce que tes questions en parlent, et puis signer avec un label, c’est comme signer avec un employeur, la sécurité de l’emploi en moins. Je ne peux que te raconter mon histoire, je ne peux pas te donner de conseil car signer avec un label, c’est avant tout une histoire de CONFIANCE entre toi et le type qui va signer en bas du contrat avec toi sous la case « producteur ». J’ai sorti un maxi en vinyle et un album en cd par mes propres moyens (grâce aux sous gagnés en faisant la musique d’une pièce de danse de Daniel Larrieu) en 1999 et 2000. Je faisais des concerts très lo-fi (et aussi le dj – bootleg jusqu’à l’overdose) et j’étais barman pour gagner des sous. Voilà le début de l’histoire. Un beau jour, j’ai reçu un coup de fil de Laurent Laffargues (l’homme seul du petit label Platinum, de Bordeaux) qui me demandait si j’avais un label. Bah non… Il avait déjà sorti les albums de Bosco et Curtis, alors on s’est rencontré. Laurent est un type formidable qui porte seul son label (à bout de bras) depuis 10 ans, pas un rond, mais passionné. Enfin, il aime ma musique (qu’il a découvert sur les conseils de Martial de Total Heaven). N’y connaissant rien en contrat, en producteur-éditeur-manager-mon-oeil-dans-ton-cul, j’ai demandé à un pote avocat de m’expliquer tout ça. Il s’est avéré par la suite que cet avocat voulait se faire du blé sur mon dos. En m’expliquant que c’est tous des enculés dans ce milieu. Oui oui, bien sûr, des sales fils de pute, bien sûr… Le truc à savoir, c’est :

– Un producteur, c’est le gars (le label) qui paye l’enregistrement de ton disque, le fabrique et se démerde pour qu’il soit distribué. En contrepartie, il touchera des royalties sur les ventes (mais l’argent qu’on touche sur les ventes de disques est négligeable, sauf si tu cartonnes, ce que je te souhaite). Il est également propriétaire des bandes (ce qui ne veut pas dire grand chose, excepté le fait que tu ne pourras pas sortir le même album ailleurs, et que, en cas de demande pour des compiles ou autre, c’est lui qui fera le lien). C’est lui qui gère de ce que l’on appelle joliment les « droit de reproduction mécanique ». Poétique non ?

– Un éditeur, c’est un gars (enfin…) qui s’occupe de tes droits d’auteur (les droits d’exécution publique). Il prend 50 % des sous que la SACEM te donne quand tes morceaux passent à la radio, à la télé, dans des films, des pubs (mais là tu es déjà millionnaire), quand tu fais des concerts… Pour justifier le fait qu’il te prenne la moitié de ta thune, il déposera tes titres à la SACEM (quel travail ! ça se fait en dix minutes), vérifiera que tes droits sont bien reversés (ça c’est si il fait bien son travail, rare), et, le top, ira bouffer dans des restaurants chers avec des chefs de projets de pub pour caser ton titre sur le dernier spot Mac Donald, Bonux ou Nokia, et là tu es d’accord. Car tu seras riche. Mais c’est rare… Sinon, il donnera du « tour support », c’est à dire des sous pour que tu puisses faire des concerts (car tu veux être intermittent non ?). Moi par exemple, je me fais des cachets à 150 euro net par concert, et vu qu’on est 6 dans le groupe (tour manager, ingé son, bassiste, batteur, trompettiste et moi, ça pousse à 900 euros net, donc 1800 brut pour les cachets. Tu rajoutes la location de camion, l’essence etc, ça pousse à 2000 euros. Tu connais beaucoup de salles qui sont prêtes à lâcher autant ? Non. C’est pour ça qu’un éditeur peut lâcher 6 ou 7000 euros pour bien commencer dans la vie. Mais un cachet à 150 euros net, c’est beaucoup. La plupart des groupes sont à 80 euros net, ce qui réduit considérablement les frais. Voilà pour l’éditeur (qui peut t’acheter du matos aussi, c’est bon à savoir).

Maintenant, tu as sûrement besoin d’un label, sauf si tu as assez de sous pour enregistrer ton disque (moi ça coûte zéro francs, tout à la maison), le fabriquer (heu… là ça commence à casquer), faire la promo, le distribuer (là faut vraiment avoir que ça à foutre et un gros carnet d’adresse). Donc un label, oui. Mais l’éditeur ? En as-tu besoin ? Ca, ça se discute. Ce n’est pas obligé. Surtout un petit éditeur qui n’as pas un rond et aucun contact. Après, si EMI ou Virgin ou autre te contactent, lis bien le contrat et fais appel à un juriste. Et récupère tout ce que tu peux récupérer. Il y a aussi les labels-éditeurs. Dans mon cas par exemple, c’est Platinum qui est mon label ET mon éditeur. La raison ? Les disques ne rapportent pas de sous, mais les éditions oui. C’est la condition obligatoire dans le cas de platinum de signer les artistes en édition aussi. Sinon, Platinum met la clé sous la porte. En revanche, on a du cul parce qu’on a trouvé une licence avec BMG (c’est eux qui fabriquent, qui font la promo et qui distribuent, youpi). Et on a chopé une co-édition avec EMI (j’ai toujours mes 50%, EMI 25 et Platinum 25). C’est un bon cas de figure car EMI ont des thunes pour le tour support par exemple ! Et l’interet du bon petit label passionné se trouve ici : il peut trouver des licences. Laurent pour ça est fantastique (il est rugbyman aussi, et Bordelais, ça aide).

En terme de droits, pour répondre à ta question, 20000st est un petit label (je ne les connais pas personnellement) qui a vu gros à une époque avec la folie house filtrée. Ils ont du ramasser des sous, qu’ils ont du dépenser dans des beaux bureaux, du matos etc (j’imagine). Si ils ont bien géré leur affaire, ça doit aller pour eux. J’espère juste qu’ils ne fonctionnent pas comme une major – te dire comment faire de la musique pour que ça marche. Il faut toujours se méfier du tape à l’oeil (des bureaux Ikéa, des fringues qui coûtent cher, c’est du bluff). Je ne sais pas si le dernier album de Demon a marché. Par contre, il doit avoir un studio et c’est un sacré bon producteur. Il peut faire sonner grave tes morceaux je pense (tu fais quoi comme musique au fait ?) Demande-leur si ils aiment ta musique, ce qu’il espèrent en faire. Dis-leur aussi ce que toi tu attends, si tu as besoin de matos pour travailler, si tu veux faire des concerts (un tourneur c’est bien), si tu veux faire le DJ… La scène est primordiale pour la promo d’un disque. Si ils ne ressentent pas le besoin d’avoir un artiste qui joue en live, moi je trouve ça louche. Mais ce n’est que mon point de vue.

Si tu veux une avance de 10 000 dollars, change de métier. La musique peut rapporter des sous, mais il faut savoir que : – cas rarissime : ton premier morceau est un gros tube qui passe à la radio, tu es riche en 1 mois et c’est gagné. – cas classique : les médias se branlent de ton album, mais tu en veux et tu cherches à faire des concerts. Au bout de quelques mois, tu as fait 6 dates, les gens aiment bien et tu vends 180 disques. C’est pas mal. Tu vas gagner 180 euros de royalties, et tu vas commencer à te dire que les organisateurs de concert pourraient au moins te payer l’essence. Un tourneur va aimer ce que tu fais, par l’intermédiaire du groupe un peu connu dont tu as fait la première partie. Tu vas avoir une tournée de 12 dates en trois mois, payé 50 euros la date. Tu commences à voir le truc. On te propose des remixes, que tu acceptes évidement (ça fait circuler ton nom). Les fanzines et radios de la Ferarock commencent à parler de toi. Tu tentes le FAIR, CQFD et tous ces trucs qui t’offrent une porte d’entrée dans le « métier » (je ne rigole qu’à moitié, beaucoup sont passés par là). A ce stade, tu es fauché. Tu continues parce que tu y crois ou tu changes de métier. Et un jour Universal te prend en licence et te file 150 000 euros d’avance ! Yes ! Tu as bien faire de perseverer !!! – cas possible : tout le monde trouve ton disque à chier, même tes parents. Essaye d’en faire un autre au cas où et pense à un autre plan de carrière avant la dépression.

Pour finir avec mon histoire, ça fait 7 ans maintenant que la musique c’est mon « métier » (arf). J’ai sorti 4 albums, je suis intermittent du spectacle. Je touche 1000 euros en moyenne d’assedic tous les mois, environ 750 euros de cachets pour les (très) bons mois. Je touche à peu près 3000 euros de Sacem tous les trois mois (des fois moins, des fois plus). Grâce à la licence avec BMG, j’ai touché des avances lors de la sortie de mes deux derniers albums (15000 euros). Et j’ai eu un morceau pris pour une pub l’Oréal l’année dernière (30000 euros). Le pactole ! J’ai énormément de chance, après 10 ans de dèche totale (fac de lettre + barman, toujours à découvert, interdit bancaire etc.), je paye enfin des impôts ! En 7 ans de « rubin steiner », je n’ai eu « que » 4 ans de « galère » – pour parler vulgairement, juste de quoi vivre chichement avec une chérie salariée qui sauve les meubles. Aujourd’hui, c’est moi qui fait vivre la famille, c’est un bonheur. Mais j’ai eu du pot je crois. Et puis, les chiffres que je te donne sont dérisoires comparé à ce que Demon dois gagner (par exemple). Le fait d’avoir vécu sans un sou permet aussi de ne pas faire de conneries (tout dépenser). Si tu cartonnes dès le premier album, mets tes sous de côté. En musique, on n’a pas du tout la sécurité de l’emploi. Vraiment.

Pour finir ce mail qui n’en fini plus (je l’écris dans le camion, on va faire un concert, c’est pour ça, j’ai du temps), je voudrais te parler de ce qui se passe concrètement quand tu fais un disque. 1) Tu fais des morceaux, tu les aimes, tu es content. Première question, est-ce que tu vas dans un studio pour les enregistrer ou mixer pour que ça tape ? A toi de voir. Si le label te propose 15 jours de studio, vas-y, rien ne t’empêche de préférer tes versions après coup. Mais ça coûte si cher que seuls les gros labels le proposent. Moi par exemple, je n’ai jamais mis les pieds dans un studio. Sauf pour mixer quelques titres du dernier album dans le studio de Mr Neveux. 2) Tu discutes des semaines et des semaines avec ton boss de label pour savoir quels titres tu mets sur le disque, la tracklist, les petites modifications, les titres de dernière minutes etc. Tu penses à une pochette, tu la fais… Tu la fais faire ? Tu laisses faire ou tu imposes un truc ? Là encore, c’est ton disque, c’est toi qui décides, mais tu fais confiance à ton boss de label, alors tu discutes avec lui et tu écoutes son avis. Moi c’est ma chérie qui fait mes pochettes. Elle n’est pas graphiste mais j’aime ce qu’elle fait. 3) L’album est fini, le label fait des exemplaires promo qu’il envoie aux médias deux mois avant la sortie officielle. Tu reçois enfin les disques, tu es fier ! 4) L’album sort, le label te cherche des interviews, des show case peut-être. Tu trembles en lisant les chroniques (ou tu ne les lis pas, comme tu veux). 5) Une fois le disque fabriqué, le rôle du label va s’axer uniquement sur la promo. Et l’éditeur aussi normalement. Du coup, tu ne va plus trop parler de ta musique avec ton label, mais de plan promo. C’est pas le plus intéressant, mais c’est souvent drôle. 6) Tu fais des concerts… là, ça va discuter sec et si tu arrives à ce stade, tu seras prêt à affronter les points de vue terribles sur ton live qui n’aura pas de gueule, que tu n’assures pas une cacahuète sur scène, qu’il faut un ingé son, un tour manager etc. Mais d’ici là tu auras fait ta propre histoire.

Enfin… ce mail est long, mais tu peux l’envoyer à tes potes qui cherchent un label eux aussi !

J’en rajoute une couche sur ma pomme : je me suis démerdé tout seul pendant 3 ans, à me trouver des dates – harceler les salles au téléphone -, me faire des cachets – remplir tous ces feuillets assedics, ursaff et j’en passe -, conduire la bagnole, faire fabriquer mes disques – vive l’industrie lourde -, déposer mes morceaux à la Sacem, faire des envois promo – avec petit mot personnalisé avec chaque disque -, relancer les journalistes et les radios, tout ça sans savoir tout ce que je viens de te raconter. Je crois que c’est bien de faire un peu les choses tout seul pour savoir comment ça fonctionne, et j’espère que mon mail te rassurera…

J’aimerai bien écouter ce que tu fais.

Amitiés

Fred Rubin

PS : va visiter www.platinumrds.com et www.travaux-publics.org »

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